Quand je vois un électricien débutant fixer son multimètre sans regarder les symboles, j’ai envie de lui arrêter le bras. Un mauvais branchement sur un multimètre, une mauvaise sélection de fonction, et c’est l’appareil qui fume, voire l’utilisateur qui prend une décharge. Les symboles du multimètre ne sont pas de la déco : ce sont des informations critiques de sécurité et de précision.
Je vous présente ici un décryptage complet de tous les symboles que vous trouvez sur un multimètre numérique standard. Que vous ayez un appareil d’entrée de gamme à 15 euros ou un Fluke professionnel à 400 euros, les symboles sont quasiment identiques. Une fois que vous les connaissez, vous savez utiliser n’importe quel multimètre.
Les bornes du multimètre : premier point critique
Avant même de regarder le sélecteur rotatif, il faut comprendre les bornes de connexion. Un multimètre en a généralement trois ou quatre, et les connecter correctement est une question de sécurité.
- COM : borne commune, toujours reliée au fil noir (négatif). Elle est utilisée pour toutes les mesures sans exception
- VΩmA (ou V/Ω/Hz) : borne positive pour la tension, la résistance, la continuité, la fréquence et les faibles courants (jusqu’à 200 ou 400 mA selon les modèles)
- A ou 10A : borne dédiée aux forts courants (jusqu’à 10 A). Elle possède son propre fusible interne et ne doit jamais être utilisée pour les mesures de tension
- µA/mA : sur certains modèles, borne dédiée aux très faibles courants, avec fusible de protection basse valeur
Le truc que personne ne dit c’est que brancher les fils dans les mauvaises bornes est l’erreur numéro un qui grille les multimètres. Si vous mesurez une tension avec les fils branchés sur la borne ampèremètre, vous créez un court-circuit interne. Le fusible saute, et si le fusible est de mauvaise qualité, c’est l’appareil entier qui est grillé.
Les symboles du sélecteur rotatif

Le sélecteur rotatif (ou le clavier de sélection sur les multimètres sans rotatif) permet de choisir la grandeur à mesurer. Voici tous les symboles que vous pouvez rencontrer.
Les symboles de tension
V avec une ligne droite et pointillés : tension continue (DC). Le signe = avec une ligne continue au-dessus représente la tension continue. C’est la tension des batteries, accumulateurs, alimentations de téléphones et systèmes photovoltaïques. Plages courantes : 200 mV, 2 V, 20 V, 200 V, 1000 V.
V avec un symbole de vague (~) : tension alternative (AC). La tilde représente la forme sinusoïdale du courant alternatif du secteur. Plages courantes : 200 V, 750 V. C’est ce que vous mesurez sur vos prises domestiques (230 V en Europe).
Les symboles de courant
A avec ligne droite (DC) : courant continu en ampères. Plages : µA (microampères), mA (milliampères), A (ampères). Attention : pour les mesures en ampères, branchez le fil rouge sur la borne 10A.
A avec tilde (~) : courant alternatif. Moins fréquent en usage domestique, mais utile pour les mesures sur moteurs électriques et équipements industriels.
Le symbole oméga (Ω)
Le symbole Ω (oméga) représente l’ohm, l’unité de mesure de la résistance électrique. On l’utilise pour mesurer la résistance d’un composant électronique, d’un fil, d’une résistance de chauffage ou d’un thermistor. Plages courantes : 200 Ω, 2 kΩ, 20 kΩ, 200 kΩ, 2 MΩ, 20 MΩ.
Règle d’or : ne mesurez jamais une résistance sur un circuit sous tension. Les résultats seront faux et vous risquez d’endommager le multimètre.
Les symboles de fonctions spéciales
Le symbole de continuité (diode et bip)
Le symbole de diode (triangle avec une barre verticale) associé à des ondes sonores représente la fonction de test de continuité. En mode continuité, le multimètre émet un bip sonore si le circuit est continu (résistance inférieure à quelques ohms). C’est la fonction la plus utile pour tester un câble, un fusible ou une connexion.
Sur certains multimètres, ce symbole est représenté par un triangle seul (test de diode) et le bip de continuité est une position séparée. Le test de diode permet de vérifier qu’une diode laisse passer le courant dans un seul sens, ce qui est son rôle normal.
Le symbole Hz (hertz)
Le symbole Hz permet de mesurer la fréquence d’un signal électrique. En Europe, le secteur fonctionne à 50 Hz. Cette fonction est utile pour diagnostiquer des onduleurs, des variateurs de fréquence et des générateurs.
Le symbole de capacité (condensateur)
Représenté par deux barres parallèles (||), le symbole de capacité permet de mesurer la capacité d’un condensateur en farads (pF, nF, µF). Très utile en électronique pour vérifier que les condensateurs ne sont pas défaillants.
Le symbole de température
Représenté par °C ou °F, souvent accompagné d’un petit thermomètre, ce mode permet de brancher une sonde de température thermocouple type K (vendue séparément) pour mesurer des températures de l’ordre de l’ambiante jusqu’à 1000°C sur certains modèles.
Le symbole NCV (Non Contact Voltage)
Présent sur les multimètres modernes, le symbole NCV (ou le symbole d’onde électrique) permet de détecter la présence d’une tension alternative sans contact avec le fil. L’appareil approché d’un câble sous tension émet un bip ou s’allume. Très pratique pour vérifier rapidement si un circuit est alimenté avant intervention.
Les symboles sur l’écran du multimètre
En plus du sélecteur, l’écran affiche lui aussi des informations symboliques importantes.
- OL ou « 1 » seul : overload, dépassement de gamme. L’appareil ne peut pas afficher la valeur car elle dépasse la plage sélectionnée. Passez à une gamme supérieure
- DC ou AC : indique le type de courant en cours de mesure
- Batterie faible : symbole de pile avec flèche vers le bas. Les mesures deviennent imprécises quand la batterie est faible, changez-la sans attendre
- HOLD : la mesure est figée sur l’écran, utile quand la sonde est dans un endroit difficile à lire simultanément
- MAX/MIN : l’appareil enregistre la valeur maximale ou minimale mesurée pendant la session
- AUTO : mode autorange, l’appareil sélectionne automatiquement la gamme de mesure appropriée
Sécurité : les normes CAT
Sur tout multimètre sérieux, vous trouverez une mention de catégorie de sécurité : CAT I, CAT II, CAT III ou CAT IV. Ces catégories définissent les niveaux de tension transitoire que l’appareil peut supporter en cas de surtension accidentelle.
- CAT I : circuits électroniques protégés, alimentation de précision. Usage uniquement en laboratoire
- CAT II : circuits alimentés directement par le réseau domestique, prises, appareils fixes. Tension max 1000 V. Pour les mesures courantes à domicile
- CAT III : tableau électrique, câblage fixe, barres de distribution. Pour les professionnels intervenant sur les installations
- CAT IV : arrivée secteur, compteur, ligne aérienne. Niveau de protection maximal, réservé aux spécialistes
Pour des travaux électriques dans votre maison, un multimètre CAT III 600 V minimum est recommandé. En dessous, vous prenez des risques en cas de surtension. Pour aller plus loin sur les normes électriques à respecter dans votre habitation, je vous invite à consulter les normes d’électricité à respecter dans sa maison.
Bien choisir son multimètre : ce qui compte vraiment

Le marché propose des multimètres de 10 à plus de 500 euros. La différence ne porte pas sur les mesures de base (tension, résistance, continuité), mais sur la précision, la sécurité et les fonctions avancées.
- Pour un bricoleur domestique : un multimètre à 20 à 50 euros suffit pour la quasi-totalité des besoins. Vérifiez qu’il est certifié CAT III 600 V minimum et qu’il inclut le test de continuité avec bip sonore.
- Pour un électricien amateur régulier : un modèle entre 50 et 120 euros avec autorange, affichage rétroéclairé et mesure de température thermocouple offre un bon confort d’utilisation. Les marques Uni-T, Brymen ou Victor offrent un bon rapport qualité / prix.
- Pour les professionnels : les Fluke 115, 117 ou 175 (entre 150 et 350 euros) sont la référence du marché. Robustesse, précision calibrée et certification CAT III 1000 V ou CAT IV justifient leur prix.
Évitez les multimètres vendus sous 10 euros sans certification de sécurité visible. Leur résistance aux surtensions n’est pas garantie et ils peuvent être dangereux sur une installation sous tension.
Utilisation pratique dans la maison
Voici les mesures les plus utiles en usage domestique courant, avec les réglages correspondants.
- Vérifier une prise 230 V : sélecteur sur VAC (tilde), bornes COM + VΩmA. Insérez les sondes dans les alvéoles de la prise. La lecture doit afficher entre 220 et 240 V.
- Tester une batterie de voiture : sélecteur sur VDC, bornes COM (noir sur borne négative) et VΩmA (rouge sur borne positive). Une batterie chargée affiche 12,6 V au repos.
- Vérifier un fusible : mode continuité avec bip. Placez les sondes de chaque côté du fusible hors tension. Un bip indique un fusible intact, pas de bip signifie qu’il est grillé.
- Tester un thermostat de chauffe-eau : mode Ω. La résistance d’un thermostat en bon état varie selon la température. Une lecture infinie (OL) indique un thermostat grillé.
Les erreurs de mesure les plus fréquentes
Voici les erreurs classiques que je vois commettre régulièrement :
- Oublier de changer la borne : après une mesure de courant fort (borne 10A), on oublie de rebrancher sur VΩmA avant de mesurer une tension. Résultat : court-circuit et fusible grillé
- Sélectionner DC au lieu de AC : une tension de réseau mesurée en DC donne une valeur quasi nulle. Toujours vérifier le symbole de vague pour le courant alternatif
- Mesurer en ohms sur un circuit sous tension : résultats fantaisistes et risque d’endommager l’appareil
- Ne pas tenir compte du OL : continuer à prendre des mesures quand l’écran affiche OL donne des lectures sans signification
La maîtrise des symboles du multimètre est la base de tout travail électrique sérieux. Elle vous permet non seulement de faire des mesures précises, mais surtout de travailler en sécurité.


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