La brique creuse est partout en France : des millions de maisons construites dans les années 1960 à 2000 ont des murs en briques alvéolées. Et chaque propriétaire a un jour voulu y fixer un meuble, une bibliothèque, un radiateur ou une cuisine. La brique creuse est sans doute le support le plus traître qui soit pour la fixation. Je vais vous expliquer pourquoi, et comment s’en sortir correctement.
Pourquoi la brique creuse pose problème
Une brique creuse standard est composée de parois extérieures et de cloisons internes qui délimitent des alvéoles d’air. Ces alvéoles peuvent représenter 40 à 60 % du volume total de la brique. Résultat : quand vous percez pour y mettre une cheville, votre foret traverse les parois pleines puis tombe dans le vide.
Une cheville à expansion ordinaire (la cheville grise en plastique qu’on utilise partout) ne peut pas fonctionner dans ce cas. Elle a besoin d’appuyer sur une paroi pleine pour se dilater et se coincer. Dans une alvéole, elle n’a aucune prise et sort à la main. J’ai vu des bricoleurs du dimanche faire cette erreur : planter leurs chevilles classiques dans du vide, visser leur étagère avec un air satisfait, et la voir s’effondrer le soir même avec 30 kilos de livres dessus.
La résistance d’une brique creuse est limitée : une paroi de brique d’épaisseur 11,5 cm peut en théorie supporter des charges, mais la résistance à l’arrachement d’une fixation ponctuelle dépend entièrement de la méthode et de la cheville utilisée. Une bonne cheville chimique dans une brique creuse de qualité tient facilement 200 à 400 kg. Une mauvaise cheville dans le même mur ne tient rien du tout.

Les types de chevilles adaptées aux briques creuses
La cheville à expansion spéciale creux
Il existe des chevilles à expansion conçues spécifiquement pour les supports creux. Elles fonctionnent sur un principe différent des chevilles classiques : au lieu de se dilater dans le trou, elles se déploient derrière la paroi, comme une ancre. La cheville Fischer SX, la Rawlplug RX ou les chevilles Diall « pour matériaux creux » sont les plus courantes.
Mode d’utilisation :
- Percer avec un foret de diamètre adapté (généralement 6, 8 ou 10 mm selon le modèle)
- Insérer la cheville dans le trou jusqu’à affleurement
- Visser : la cheville se déforme et crée une ancre derrière la paroi de brique
Charges admissibles : de 30 à 80 kg selon le diamètre et la qualité de la brique. Suffisant pour une étagère légère ou un cadre, insuffisant pour un meuble de cuisine.
La cheville Molly (ou cheville à bascule)
La cheville Molly est une cheville métallique expansible très populaire pour les plaques de plâtre et les supports creux. Elle se compose d’un corps fileté et de pattes qui s’écartent derrière la paroi quand on serre la vis.
Son avantage principal : une résistance bien supérieure aux chevilles plastiques pour les supports creux. Une cheville Molly M6 bien posée dans une paroi de brique de 10 mm d’épaisseur peut tenir 80 à 150 kg. Son inconvénient : elle nécessite que la paroi ne soit pas trop épaisse (maximum 15 à 20 mm d’épaisseur de paroi traversée).
Conseils de pose :
- Utiliser un foret correspondant exactement au diamètre de la cheville (trou d’entrée ajusté)
- Insérer la cheville puis serrer la vis progressivement jusqu’à sentir la résistance des pattes qui s’écartent
- Ne pas serrer excessivement : les pattes risquent de se déformer dans le mauvais sens
La cheville chimique : la solution ultime pour les charges lourdes
Pour toute charge supérieure à 80 kg, notamment pour fixer des meubles de cuisine, des radiateurs en fonte, des garde-corps ou des équipements sanitaires, la cheville chimique est la seule solution fiable. C’est celle que j’utilise systématiquement pour les charges lourdes sur brique creuse.
Le principe : on injecte dans le trou une résine époxyde bicomposante qui se répand dans les alvéoles de la brique, les remplit, et polymérise en créant un bloc solide dans lequel la tige filetée est noyée. La résistance obtenue est comparable à un scellement dans du béton plein.
Comment utiliser la cheville chimique dans une brique creuse
Le truc que personne ne dit c’est que la pose d’une cheville chimique dans une brique creuse n’est pas identique à la pose dans du béton. Il faut adapter la technique au caractère alvéolé du support.
Le matériel nécessaire
- Perceuse à percussion (ou perforateur pour briques épaisses)
- Foret de maçonnerie adapté (diamètre selon la tige filetée : foret Ø 10 mm pour tige M8, foret Ø 12 pour tige M10)
- Compresseur ou soufflette pour nettoyer le trou
- Cartouche de résine bicomposante (Fischer FIS V, Hilti HIT-RE, Spit Epcon, etc.)
- Pistolet d’injection adapté à la cartouche
- Manchon tamis si le trou est large et la brique très alvéolée
- Tige filetée inox ou zinguée (classe 8.8 minimum)
La procédure pas à pas
Étape 1 : percer le trou. Utilisez un foret légèrement plus large que pour du béton (surdimension de 2 mm par rapport à la tige). Perforez à vitesse modérée pour éviter d’éclater les parois de la brique. La profondeur doit dépasser d’au moins 2 cm la profondeur de la tige encastrée.
Étape 2 : nettoyer le trou. C’est l’étape que les gens oublient. Un trou poussiéreux réduit l’adhérence de la résine de 30 à 50 %. Soufflez dans le trou, passez une brosse adaptée, soufflez à nouveau. Deux à trois cycles de nettoyage sont recommandés par les fabricants.
Étape 3 : insérer le manchon tamis si nécessaire. Dans une brique très alvéolée, la résine risque de s’écouler dans les alvéoles avant de faire prise. Le manchon tamis (une sorte de filet cylindrique) évite ce problème en contenant la résine dans le périmètre utile.
Étape 4 : injecter la résine. Introduisez l’embout du pistolet au fond du trou et retirez-le progressivement en injectant la résine. Le trou doit être rempli aux deux tiers. Attention : les premières cartouches doivent toujours commencer par purger 5 à 10 cm de résine non homogène (grise ou claire) avant d’injecter dans le trou.
Étape 5 : insérer la tige filetée. Enfoncez et tournez légèrement la tige dans la résine encore fraîche. Laissez dépasser la longueur nécessaire au montage de votre élément.
Étape 6 : respecter le temps de séchage. Ce point est critique. Ne touchez pas à la tige pendant le temps de polymérisation, qui varie selon la résine et la température :
- À 20°C : 30 minutes à 2 heures selon le produit
- À 10°C : 2 à 4 heures
- À 5°C : 4 à 8 heures
- En dessous de 0°C : pose déconseillée pour la plupart des résines

Charges admissibles selon le type de cheville
Ces valeurs sont indicatives et dépendent de la qualité de la brique, de l’épaisseur des parois et de la qualité de la pose :
- Cheville plastique creux (Ø 8 mm) : 30 à 50 kg en arrachement
- Cheville Molly M6 : 80 à 120 kg en arrachement
- Cheville Molly M8 : 120 à 200 kg en arrachement
- Cheville chimique avec tige M8 : 200 à 400 kg en arrachement
- Cheville chimique avec tige M10 : 350 à 600 kg en arrachement
Pour des charges très importantes (radiateur fonte de 150 kg, meuble de cuisine chargé), je recommande toujours de prévoir au minimum deux points de fixation chimique par élément, en les répartissant sur des briques différentes.
Localiser les zones pleines : la méthode du détecteur
Si vous pouvez éviter le vide des alvéoles, faites-le. Il existe dans un mur en brique creuse des zones naturellement plus solides : les joints de mortier entre les briques et les cloisons internes d’épaisseur maximale.
Utilisez un détecteur de matériaux multimodes (détecteur de métal, d’humidité et de densité comme le Bosch D-tect 150 ou le Zircon MultiScanner) pour repérer les zones de plus forte densité dans le mur. Ce n’est pas une science exacte avec la brique creuse, mais ça permet d’orienter les perçages vers les parois pleines plutôt que vers le milieu des alvéoles.
La technique du tournevis sur la surface du mur fonctionne aussi : en tapotant le mur avec le manche, les zones alvéolées rendent un son creux bien différent des zones pleines. Ce n’est pas précis au millimètre, mais ça vous donne un ordre d’idée.
Béton de liaison pour les charges très lourdes
Dans les cas extrêmes (fixation d’un équipement de plus de 300 kg sur un seul point, ou pose d’un poteau), la solution la plus sûre est de percer de part en part le mur et de couler un béton de remplissage dans une colonne de briques. On retire le remplissage des alvéoles sur toute la hauteur de la colonne (avec un ciseau), puis on coule un béton dosé à 350 kg/m³ dans la colonne créée. Après séchage de 48 heures, on fixe la cheville chimique dans ce béton solide.
C’est une technique de pro, réservée aux charges vraiment importantes. Sur un barbecue en briques par exemple, les fixations de structure doivent être dimensionnées pour tenir dans la durée face aux variations de température et au poids de la construction.
Les outils indispensables
- Perceuse à percussion ou perforateur : sans percussion, les forets s’usent vite sur la brique
- Forets SDS ou forets à percussion carbure de tungstène de diamètre 8 à 14 mm
- Soufflette ou poire à souffler : indispensable pour nettoyer les trous
- Pistolet d’injection professionnel (ratio 1:1 ou 2:1 selon la cartouche)
- Niveau à bulle : toujours vérifier que vos fixations sont horizontales
- Détecteur de matériaux : pour localiser les conduites et les zones pleines
Pour tout ce qui touche aux plaques murales et aux revêtements sur brique, la pose de plaques hydrofuges suit des principes similaires de fixation dans les supports creux.
Retenez l’essentiel : pour une charge légère (moins de 50 kg), une cheville à expansion spéciale creux suffit. Pour une charge moyenne (50 à 150 kg), la cheville Molly est votre alliée. Au-delà, ne négociez pas : cheville chimique uniquement. La résine coûte 15 à 30 € par cartouche. La réparation d’un meuble de cuisine effondré coûte dix à vingt fois plus.


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